Chronique de Fanga – Natural Juice
Fanga - Natural Juice
Année : 2007
Genre : Afrobeat
Chanson(s) préférée(s) : Crache La Douleur, Natural Juice
« Avec ma musique, je crée le changement. Je l’utilise comme une arme », scandait Fela Anikulapo-Kuti, le Black President nigérian qui offrit au monde la synthèse africanisée du funk et du jazz sous le doux nom d’Afrobeat. Or, lorsque l’on entend hurler dès les premières mesures les cuivres de Fanga, collectif montpelliérain, on sent que la puissance de la musique figure bien dans le legs dont le jeune groupe a volontairement décidé d’hériter.
Fanga : ils sont sept, et ils en jettent. Un chanteur jouant avec les méli-mélos d’un saxo, le doigté enflammé d’un clavier, le poids d’une basse et la légèreté d’une guitare, le tout soutenu par les rythmes d’une batterie et d’un percussionniste : voilà la recette aux multiples ingrédients dont s’est doté Fanga pour nous faire danser. Originaire du hip-hop, Korbo, le chanteur, s’est laissé séduire en 2004 par le projet afrobeat du producteur Serge Amiano, aujourd’hui encore directeur artistique du groupe. C’est en juin 2007 que la formation a sorti son deuxième album sous le mystérieux nom de Natural Juice. Ce 11 titres s’est avéré, presque par hasard, être cette année-là mon disque de l’été. En effet, pour peu qu’un petit rayon de soleil investisse votre salon ou que vous ayez à prendre la voiture pour vous rendre à la plage, ce CD est une pépite. C’est un joyau brut de vigueur, de pulse et de contagion. Ce « nautral juice » qu’évoque la chanson éponyme n’est autre que la sueur qu’à coup sûr Fanga fait s’échapper de vos pores, si vous vous prenez au jeu.
Si l’on reprend les termes de Fela sus-mentionnés, ces jeunes gens réussissent sans l’ombre d’un doute à créer le changement. Un double changement même, dirais-je. Un premier bouleversement se crée dans vos veines dès la première écoute des rythmes endiablés de leur funk festif. C’est celui de votre température qui monte. Puis, après quelques titres, une fois que le septuet vous a bien chauffé en faisant tanguer vos tripes, s’opère une seconde altération, spirituelle cette fois-ci. C’est un changement d’état d’esprit aussi métissé que leur musique. Il est tout à la fois joie, excitation et apaisement. Le « natural juice » devient alors un flux qui vous parcourt et vous oblige au moins à remuer ostensiblement l’épaule, ou à balancer la tête de droite à gauche. Parce que, si l’on peut reconnaître quelque chose à Fanga, c’est que leur musique parvient à ses fins.
Et puis, toujours en nous appuyant sur les dires du Black President, reste à traiter la question de l’engagement, de la musique comme « arme ». L’afrobeat originel de Mister Kuti s’inscrivait pleinement dans le contexte politisé et virulent du Nigéria post-indépendance des années 70. Alors que les coups d’Etat s’y multiplie et que la junte s’installe, les chansons de Fela sont des diatribes qui dénonce le régime et ses pratiques, la misère de l’Afrique et qui appelle chacun à conquérir sa liberté s’il veut pouvoir s’épanouir. En aucun cas, donc, les textes de Fanga ne peuvent avoir cette portée. Cependant, il est bon de savoir qu’ils ne la recherchent pas non plus. Si Fanga signifie « force spirituelle » en bambala, les paroles qu’écrit Korbo, en anglais ou dans sa langue natale, critiquent les mœurs et le contexte politique, tout en appelant l’Homme à ne pas perdre de vue l’essentiel : son humanité. En outre, les chants de Korbo sont en bambara, un dialect ouest-africain très différent du yoruba de Fela. Ainsi, l’héritage, s’il est sensible, n’est pas direct. Et Fanga s’écarte du maître à penser et innove. La musique est donc pour eux une arme formelle, dans le sens où Fanga nous bombarde de sons puissants, mais elle est aussi l’occasion, dans les paroles, d’être une piqûre de rappel, un outil de conscientisation de l’auditoire.
L’album s’ouvre sur le titre « Crache La Douleur », où la participation de Tony Allen, l’ancien batteur de Fela est déjà tout un symbole. Ce premier morceau, carte de visite convaincante, exhorte le sonotone à rejeter tout ce qu’il refoule. C’est là le premier pas salvateur vers la guérison et la possible transe extatique que l’afrobeat est censé procurer. Puis vient « Natural Juice » qui, après l’expulsion des mauvaises ondes, peut gentiment commencer à faire perler sur votre épiderme le substrat d’une saine jouissance. Voilà ensuite le tour de « Kononi », tube de velours au son plus ouaté qui permet au sonotone d’un temps se régénérer. C’est alors que démarre « Ni i Matoro », petite bombe rythmique qui nous conduit savamment vers un plaisir béat. Le soleil règne ; c’est les vacances (depuis hier soir pour moi, alors, je vous laisse imaginer à quel point je savoure de nouveau Fanga). L’album se poursuit sans perdre de sa qualité et se clôt sur un remix plus hip-hop de « Noble Tree » qui montre à la fois les racines de Korbo et le chemin parcouru par l’afrobeat depuis Fela.
Fanga est donc un groupe qui monte, l’un des rares à encore faire de l’afrobeat, surtout en France. Natural Juice est un album ensoleillé et léger qu’il faut garder dans un coin de sa discothèque pour le ressortir quand l’envie de bouger se fait sentir. Toutefois, peut-être manque-t-il encore à ces jeunes montpelliérains une pointe d’originalité supplémentaire qui les ferait définitivement jouer dans la cour des grands. C’est d’ailleurs tout ce que je souhaite à leur prochain album, prévu pour l’année prochaine.
Plus de sueur :
- Natural Juice en entier sur deezer
- le myspace de Fanga
- Leur dernier album Sira Ba (2009) sur deezer
- L’interview réalisée par BTS
- Vous aurez aussi la possibilité de les retrouver cet été dans plusieurs festivals dont Festipop, la Défense Jazz Festival, les Solidays, le Festival de Martigues ou encore Africajarc.
nuage de tags & best-of



jy schaffner a dit :
1
La musique de Fanga, c’est une noix de coco: noir à l’extérieur, blanc à l’intérieur. Trop sucré pour moi!
Branche ton Sonotone ! » Live report : Jazz Sous Les Pommiers 2010 a dit :
2
[...] » de Fela Kuti. Démentiel ! Je vous invite à retrouver la chronique de leur album Natural Juice ici. Une interview arrivera en outre sous [...]
Branche ton Sonotone ! » Interview de Fanga : « Je groove donc je suis ! » a dit :
3
[...] chronique de Natural Juice sur [...]
Branche ton Sonotone ! » Les Solidays 2010. a dit :
4
[...] y Gabriela, mister Jacques Higelin, l’alunissant Mondkopf, la divine diva Vanessa Paradis, Fanga et son afrobeat festif, mais aussi Diam’s, Tumi And The Volume, Toots And The Maytals, Jil Is [...]