Miss White & the Drunken Piano (chronique / report / interview)
8/10
Adapter le piano classique à la musique moderne, voila une idée qui semble déjà largement entamée, des envoyées électro-lyriques d’Aufgang au trip-hop aliénant d’Archive, en passant même par les harmoniques radiophoniques de Muse. Pourtant, certains arrivent encore à trouver la faille dans cet imbroglio, et de bien belle manière, comme nous allons le voir avec Miss White & the Drunken Piano.
Ce nom étrange s’explique par une influence « à la fois du bateau ivre, le poème de Rimbaud, et de la chanson de Tom Waits, « The Piano Has Been Drinking… Not Me! », deux références récurrentes chez la chanteuse« . Ce jeune groupe grenoblois s’amuse des conventions en proposant un mélange étonnant de sons et d’influences. A la vérité, aucune étiquette existante ne pourrait leur être appliquée telle quelle. Eux, s’amusent à décrire leur musique « comme du « Piano-bar/hip-hop ». Le coté piano-bar appelle à la fois au jazz, à la ballade, au swing, au classique aussi, et le coté hip-hop est une influence indéniable au projet. Chaque style est prétexte, emprunt… Tout est mis au service des compositions, de leurs ambiances, de leurs significations« .
MW se compose donc d’un trio peu commun, aux multiples ressources : un chanteuse-pianiste, un batteur-beatboxer et un bassiste-saxophoniste. Cette combinaison intéressante permet au groupe une plus grande liberté de choix lors des compositions. Pour une fois, on sort du traditionnel chant/guitare/basse/batterie qui, s’il ne sera jamais totalement épuisé, peut finir par lasser.
D’où leur vient cette idée ? « Le groupe est né de la volonté de Marieke [chant, piano] qui a dans un premier temps sollicité David [batterie, beatbox] pour avoir une oreille extérieure sur ses compos, lequel n’a pu s’empêcher de leur rajouter quelques percussions avec les moyens du bord, d’ou l’arrivée du beatbox. L’objectif a très vite été de rendre cet univers plus riche et adapté au live, ce qui a conduit à l’arrivée de Martin [basse, saxo] dans le groupe. »
Toutefois, la formation ne fait pas tout, encore faut-il avoir le feeling. La bonne sensation. Et on la trouve, sur des morceaux très variés qui laissent la place belle au piano et à la voix de Marieke, mais aussi à des expérimentations plus loufoques. Elle chante, la plupart du temps, ou se lâche dans un rap féminin dont je ne saurais pas vraiment apprécier la justesse par manque de comparaison… Byghosta ? (Chilly G). Toujours est-il que les mots sont bien lancés et rebondissent, se mêlent au beatbox et aux rythmes de la batterie et leur répondent. Une musique qui donne envie de faire des mouvements de bras gansta-west-coast, tout en réconciliant les oreilles sensibles amatrices de la musique plus traditionnelle. Du rap intello, en sommes. On pourra regretter un accent sur l’anglais pas toujours parfait, mais les puristes pardonneront.
A côté de ces morceaux très punchys, sûrement lassants à la longue s’ils étaient trop répétés, on trouve des chansons très jolies et calmes (Dawn), trêves légères avant que la fête ne reprenne. Car pour moi, les morceaux les plus réussis sont ceux qui se trouvent au centre des influences (Chopin was a hiphop lover, Devine). Quand le piano strict, tout en gammes régulières, rencontre les rythmes urbains et le cuivré du saxo (Aden café), le mélange est charmant.
Et sur scène, les MW ne sont pas en reste. J’ai pu les voir à la Bobine de Grenoble le 9 avril pour le lancement de leur album. Belle soirée, sold out, et beaucoup d’attente à la clé. Au final, on découvre un spectacle très pro, parfaitement huilé, qui tient presque du théâtre. Les morceaux ont une logique dans leur enchaînement, et tout est fait pour emmener le spectateur (lumières, ambiances, mouvements) au fil des morceaux. Malgré cela, la musique garde son naturel et une spontanéité rafraichissante. On en prend pleins les oreilles, on se trémousse et on rit même parfois.
Prochaine grosse date : Solidays, le vendredi 25 juin. Il faut dire que les concerts et les sollicitations télé et radio sont arrivées assez vite, pour leur grand plaisir : « on est vraiment content de pouvoir partager notre musique avec des gens, après un automne de répètes et de studio à fond, un peu coupés du monde. Ça se gère très bien du coup, on a une bonne équipe autour de nous qui nous encadre et nous soutien (Adélie Prod, Label Folie, Léa production), ce qui fait que ça avance plutôt vite….le soutien des publics rencontrés ne fait qu’accroitre cette dynamique et cette envie d’avancer !« .
En définitive, un album très agréable, qui n’a pas encore réussi à me lasser et que je vous recommande. Une élégante façon de mettre à bas les a priori classiques portant sur le classique, le rap ou le jazz.
Eeeeet la question bonus (un peu locale, certes)
David, tu as été le batteur de Rémingway (♥) pendant très longtemps, et le groupe vient juste de se séparer, qu’est-ce qui te donne encore envie de courir les scènes ?
« L’envie de scène est là depuis le début, elle existait avant Rémingway, avec mon premier groupe nommé Scotch (vers 13-14 ans) puis avec Mes Anjes noires ensuite.
Rémingway a été un passage de 9 ans mais il y a un après, ce métier-là est en moi, j’ai tenté de faire autre chose, passer des concours pour faire un « vrai métier »… mais « chassez le naturel, il revient au triple galop ! ».
Je trouve dans MW une occasion d’exploiter des influences, des idées, des envies inexplorées jusqu’alors. Une façon d’aborder la scène nouvelle et approfondie.. Et puis ça fait 15 ans que j’investie mon temps et mon cœur à la musique, il me paraît justifié de ne pas lâcher l’affaire. »
We want more !
- l’album en écoute sur Deezer et Spotify
- l’émission CD’Aujourd’hui
- le passage au Fou du Roi de France Inter
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ioyo a dit :
1
Présentation somme toute très correcte.
Pour la seconde année consécutive, le trio a fait la joie du petit peuple génissois pour promouvoir la sortie de leur album. Et leurs musiques, tantôt rapé tantôt jazzy, s’enchainent avec beaucoup de style.
& je suis tout à fait d’accord, la guitare ça saoule. Vive la batterie