Interview d’Art District : un rendez-vous autour du hip-hop
Faire une interview pour faire une interview, c’est une des erreurs que nous avons commises par le passé. Aujourd’hui, il nous faut une sacrée bonne raison pour aller tirer les vers du nez d’un artiste. Il faut qu’il ait quelque chose à nous dire, et nous des choses à lui faire dire. Qu’il se passe quelque chose entre nous, que s’impose la nécessité d’aller crier sur tous les toits que sa musique vaut le coup, à coup de questions bien placées.
Environ deux minutes et quatorze secondes après que mon collègue d’open-space m’ait parlé d’Art District, je savais que ces Alsaciens se rangeaient parfaitement dans cette catégorie. Il m’en a fallu guère davantage pour demander – et obtenir – une interview lors de leur passage au Gibus, le 25 mai dernier.
L’orage menaçait, mais nous avons évité la pluie. Réfugiés dans un parc juste après les balances et quelques heures avant la demi-finale du tremplin Milonga à laquelle ils participaient, le MC Mr E., le batteur Geo, le beatboxeur Rhum One et leur manager Valentin ont répondu avec gentillesse et générosité à quelques questions.
__
Branche ton Sonotone : Vous venez de Strasbourg : c’est facile de venir de là-bas ? Il y a une scène locale intéressante ?
Mr E. : il y a une super scène à Strasbourg ! Partout en Alsace il y a des groupes dans tous les styles, c’est très riche. Mais il n’y en a que quelques-uns dont on entend parler à un niveau national.
Lyre le Temps…
Mr E. : Lyre le Temps, effectivement, mais il y a vraiment énormément de très bons musiciens et de très bons groupes. Vous vous rendez pas compte de ce que vous manquez ! Il y a des périodes où je vais à trois ou quatre concerts par semaine, plusieurs semaines d’affilées.
Mr E., tu es Américain, comment ça se fait que tu sois devenu chanteur dans un groupe de hip-hop Strasbourgeois ?
Mr E.: je me suis retrouvé à Strasbourg après ma licence et j’ai commencé à rencontrer des gens, à apprendre la langue. Je donnais des cours d’anglais et j’ai rencontré Rhum One, le beatboxeur, dans un bar. Quelqu’un nous a présenté, mais je faisais des petits trucs avec des gens qui jouaient au djembé, à la guitare, dans ma rue, dans des parcs… J’ai commencé à faire des scènes avec des DJ et c’est au bout d’un an qu’on a fait notre première répétition. C’était la première fois que je bossais avec des musiciens dans un groupe où on répétait, on faisait des compos. Ça a commencé il y a trois ans.
C’est important pour le groupe d’avoir un chanteur américain, d’avoir un pied dans la culture US ?
Geo : C’est surtout important d’avoir un Mr E. dans son groupe. Je parle à titre personnel mais la première fois que j’ai vu Eli rapper, je me suis dit « J’ai envie de jouer avec ce mec, j’ai envie de le connaître ». Je n’étais pas très rap français, et au niveau musical je me rapprochais plus de Mr E., de son flow. On ne peut pas cracher dans la colle, c’est un gros plus que d’avoir un américain dans le groupe, autant humainement que philosophiquement. Un américain a une ambition naturelle, ça nous pousse a peut-être faire des choses qu’on aurait peut-être pas fait sans lui.
Par exemple si à un concert on voit quelqu’un de connu, on ne sait peut-être pas trop comment l’aborder. Mr E. va aller lui parler, peut-être lui donner des CDs. C’est un état d’esprit. Il nous pousse vers le haut.
Mr E.: Sa réponse est très flatteuse mais je pense que ce qui fait la force d’Art District c’est le mélange des personnalités, des backgrounds musicaux. Moi j’en fais partie comme tout le monde. [En désignant ses copains :] c’est important d’avoir un jardinier dans le groupe, c’est important d’avoir un alcoolique dans le groupe (rires).
Qui est jardinier ?
Eli : Serge est jardinier ! Slash, patissier, slash, jazzman, Geo il est métalleux, slash, ouvrier !
J’allais y venir ! Votre bassiste est actuellement à un concert de Muse, Geo vient du hardcore… Vous avez un énorme éventail d’influences.
Mr E. [désignant les membres du groupes successivement] : Miles Davis, Stevie Wonder, Muse… [à Geo] toi c’est quoi ?
Geo : moi c’est punk/chien/bière/rue. Non, tu enlèves les chiens et les punks et tu gardes la rue ! Mais c’est vrai que Art District c’est un peu ça : on s’est juste donné rendez-vous autour du hip-hop mais on a tous amené notre marque. Ce qui fait notre son et peut-être notre originalité, c’est de mélanger tout !
Est-ce que ça a été difficile le premier album, le lancement… ?
Mr E. : Difficile oui. C’était beaucoup de boulot, et ça a pris longtemps…
Geo : On s’est débrouillé tous seuls, on s’est auto-produit.
Mr E. : Il y avait pas mal de soucis qu’on ne savait pas trop gérer.
J’ai eu l’impression que vous essayiez de prendre le contrepied de tout ce qui se passe en France, je me trompe ?
Mr E. : Le contrepied de tout ce qui se passe en France et qu’on aime pas, c’est sûr ! On est pas en contrepied des Oxmo ou de Hocus Pocus, loin de là.
Geo : On a pas envie de se priver en fait. Au début on était en instrumental, juste basse-piano-batterie et on voulait contenter les rappeurs avec ces trois instruments. Ca a marché mais à un moment on s’est dit : pourquoi pas prendre une trompette ? Pourquoi pas prendre un saxophone ? Pourquoi ne pas prendre des samples ? On a plus envie de se priver : si on a besoin d’une vieille dame qui joue du violon dans la rue, on l’appellera.
Je reviens un peu en arrière sur l’album. Est-ce qu’il marche, est-ce que vous avez de bons retours, de bonnes critiques presse ?
Mr E. : il est sorti il y a deux semaines donc c’est assez frais. Le retour direct c’est qu’on a été sélectionné et qu’on a avancé loin dans les tremplins, alors qu’on avait postulé auparavant avec des enregistrements live. On a gagné des prix, on est en demi-finale de Milonga, on va peut-être faire la finale des M6 Mobile Music Live. On a pu faire une soirée devant 900 personnes folles de hip-hop, un lundi soir, une ambiance jamais vue.
Rhum One : Il y avait même une voiture brûlée !
Normal, à Strasbourg ! [Nd : il est de notoriété publique que la capitale alsacienne détient le record de France d’incendie de voiture. Eh oui.]
Geo : (rires) merci pour la précision.
Je sais que Valentin, votre manager, est très branché là-dessus mais vous, Internet, comment vous gérez ça, c’est plutôt une chance, un problème ?
Mr E. : on a fait déjà un premier pas en sortant les disques sur le net d’abord, il y avait un décalage entre la sortie numérique et physique. On a aussi commercialisé des packs téléchargement pour la première fois en France à la FNAC de Strasbourg, un boîtier de CD avec une carte et un code que les gens pouvaient acheter pour 5 € ou sur notre site. Même si il y a plein de gens qui disent « j’attends la sortie de l’album physique, à l’ancienne », il ne faut pas juste viser les gens qui préfèrent l’objet.
Valentin : Aujourd’hui, ce qui est le plus important, là où on a le plus de retours, c’est le streaming. On a beaucoup d’écoutes sur Deezer, et Spotify a démarré assez vite. Concrètement, même ils sont encore attachés au support physique, l’indicateur principal c’est le stream. Pour moi, le fait d’acheter un CD ou un téléchargement, c’est de l’ordre du soutien. Aujourd’hui j’ai plus tendance à considérer le streaming comme le vrai indicateur de popularité du groupe et de mesurer le soutien à la vente d’album.
Question un peu plus marrante, c’est quoi la pire anecdote en concert, la pire chose qui vous soit arrivée ?
Mr E : Je sais : on a fait Savoie – Le Mans dans une journée, en se levant à 6 ou 7 heures après un concert. On a dormi trois heures et on a pris la route, on a conduit toute la journée jusqu’au Mans et on a fait notre concert, un set de 20 minutes. Après, on a repris la route – 7h30 – pour revenir à Strasbourg dans la nuit, pour refaire un morceau au Zénith de Strasbourg pour un concert de Solidarité à Haïti. Bon, l’ensemble était super mais la route et la fatigue… 2000 km en 24h, pour deux dates…
Geo : et 25 minutes de concert !
Vous devez avoir des tonnes de bonnes anecdotes ?
Geo : Le FIMU ! C’est la première fois qu’on jouait devant autant de personnes, c’est un festival universitaire, qui se passe à Belfort et toute la ville est réquisitionnée pour la musique. On a été placé dans un très beau lieu, devant le conservatoire, près des quais. On a joué à 11 heures, les gens étaient vraiment chauds, c’est la première fois qu’on a été au contact d’autant de public, aussi déchainé. Sacré mal de ventre avant de monter sur scène.
Si vous vouliez répondre à une question, à laquelle vous répondriez ?
Rhum One : Bleu !
Geo : Orange !
Mr E. tu veux la réponse ou la question ?
La question !
Mr E. : C’est quoi les couleurs du lycée de Mr E. ? Bleu et orange, les New York Mets !
__
Les Art District sont en concert ce vendredi 18 juin à la Cigale (avec Keziah Jones), pour la finale du tremplin Milonga (évènement Facebook / invitation à retirer ici), c’est gratuit et BTS y sera ! Le lendemain, ils seront au M6 Music Live, avec un plateau pour le moins éclectique (De Palmas, VV Brown, BB Brunes), qui aura au moins le mérite de les faire connaître à un plus large public.
Si on ne saurait trop vous recommander de vous presser à la Cigale vendredi, vous pouvez en attendant écouter leur album sur Spotify et sur Deezer, et même aller faire un tour sur leur site officiel (et leur page Facebook) !
Car comme vous l’avez compris, BTS aime Art District et tout ce qu’on leur souhaite, c’est de continuer leur chemin vers les sommets !
Merci à Guillaume et surtout à Valentin pour avoir rendu possible cette belle rencontre
nuage de tags & best-of



Tweets that mention Branche ton Sonotone ! » Interview d'Art District: un rendez-vous autour du hip-hop -- Topsy.com a dit :
1
[...] This post was mentioned on Twitter by martin_u and Branche ton Sonotone, Valentin Squirelo. Valentin Squirelo said: RT @martin_u: Art District en interview sur @tonsonotone, gros coup de coeur de ma part
http://bit.ly/cVzMKO [...]
Art District – Cell » Article » OWNImusic, Réflexion, initiative, pratiques a dit :
2
[...] Lire une interview du groupe [discloser : l'auteur de cet article est également l'auteur de [...]