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De Bernard Tapy à Nanard le gangster : itinéraire d’une graine de crooner

Certaines figures de la scène politico-médiatique française marquent les esprits plus que d’autres. Bernard Tapie est un self-made man de cette trempe, un de ceux cumulant le culot des vainqueurs à une sacrée chance de cocu. Ça s’appelle le talent. A 67 ans, il est de retour pour un énième cycle de conquêtes : dans la politique en incorporant l’énigmatique Parti Radical de Gauche, dans le monde de la finance en inaugurant son site internet de vente à bas prix et bientôt dans le sport vu qu’il espère reprendre un club de foot français pour en faire son nouveau joujou.

Cette rengaine, on a l’impression de l’avoir vécue des dizaines de fois. Nanard n’était pourtant à ses débuts qu’un pauvre vendeur de téléviseurs qui réussit avec sa gouaille naturelle à gravir les échelons à la vitesse du son. En parlant de son, quelles sont les personnes qui parmi vous savent que Bernard Tapie a tenté de percer dans la chanson ? Pas grand monde à mon avis. Et pourtant, Tapie n’a effectivement pas seulement investi son pognon à tire larigot et rongé son frein en cabane.

Au milieu des années 1960, les starlettes du yéyé étaient des dizaines à vendre leur soupe à des midinettes totalement séduites par les jolis minois de ces jeunes premiers. C’est donc sous le nom de Bernard Tapy que notre homme tenta sa chance en sortant quelques chansons sans saveur mais qui prêtent à sourire quand on les écoute à nouveau. En jetant un coup d’oeil rapide à la minuscule discographie de Tapy, on tombe sur de belles casseroles dont le mémorable titre Vite un verre, sorte de Viens boire un petit coup à la maison pour dépressif.

Le futur mania des affaires pleure dans cette chanson toutes les larmes de son corps après s’être fait cocufié dans les règles de l’art. Sauf qu’en ce temps là, le gentil Bernard n’est pas encore le « bad-nanard » peu avare en bourre-pifs (le journaliste Pascal Praud doit encore avoir la trace des paluches de Tapie sur son visage.) Seule solution pour oublier ses déboires sentimentaux: se torcher la gueule. Belle philosophie de vie à une époque où se montrer à la télé en titubant ne dérangeait pas grand monde. Appréciez notamment le jeu d’acteur du bonhomme et les animations démentielles faites de centaines de verres à pied.

Les années 1960 finies, c’est la carrière musicale de Bernard Tapie qui vacillait pour ne semble t-il plus jamais redémarrer. A croire que le micro manquait trop à Bernard qui, pour célébrer son parcours exemplaire de chef d’entreprise, décidait en 1985 de s’associer à Didier Barbelivien pour interpréter Réussir sa vie, sorte de mode d’emploi du parfait entrepreneur.

Chaque décennie ou presque sera marquée par le charisme de crooner de Tapie. Nanard remet en effet le couvert en participant au titre C’est beau la vie sorti en 1998 sur l’album Liaisons dangereuses de Doc Gynéco. Nous sommes en 1998 et Tapie tente de revenir sur le devant de la scène après ses déboires judiciaires. Cet amateur de polémiques en tout genre n’hésite d’ailleurs pas à venir poser son timbre de voix rauque sur une chanson à la gloire des magouilleurs de tout poil. On a des couilles ou on n’en a pas.

Même si les répliques de l’ex-taulard sont courtes et la musicalité de sa voix laisse à désirer, il jongle avec l’ironie et l’auto-dérision comme avec les euros depuis que le Crédit Lyonnais s’est ruiné pour le rembourser. Question mise en scène du morceau, Tapie fait dans le paradoxe en jouant le chauffeur du gynéco le plus célèbre de France, à l’époque encore l’un des grands manitous du collectif Secteur Ä.

La chanson C’est beau la vie est atypique à plusieurs titres: voir un vrai gangster monopoliser le crachoir aux côtés d’une parodie de brigand, c’est bizarre, sûrement un coup de pub mais c’est pas désagréable à l’oreille, la faute à une instrumentale bien fignolée. Nanard aura définitivement été l’incarnation du touche-à-tout par excellence, même le monde de la musique n’y aura pas échapper. En tout cas, vue la situation des deux lascars au cours de ces derniers mois – paraît-il que le Doc étrenne ses dreadlocks dans les Pôles emploi parisiens – , on peut effectivement conclure que « dans le foot, les affaires, le rap, les ministères, c’est toujours le gangster qui contrôle l’affaire… »

Michel Sardou au temps béni de l’Hadopi
Chronique de The Chemical Brothers – Further

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l' auteur, Byghosta

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