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Interview de Get The Blessing : « Music without cheese ! »

Même lieu et même terrasse que pour l’interview de Fanga de la veille. Un grand chauve au nez aquilin, lunettes aux verres teintés bleus clairs et costar noir m’accueille d’un banal : « Hi ! I’m Clive. Nice to meet you ». Or, si ce british dégingandé répond au doux nom de Clive, il est aussi accessoirement batteur de Portishead. Oui.

« Les autres arrivent, ils finissent d’enfiler leur costume ». Leur costumes ? Mais, euh, ce n’est pas la peine. Les membres de Get The Blessing, comme me l’apprend Clive, ont la fâcheuse habitude de toujours être sur leur 31, en concert, comme pour rencontrer la presse. Je lui rétorque gentiment que je ne suis pas vraiment la presse. Il décide donc de remonter prévenir ses camarades et lui-même enfiler un truc plus « détendu ».

Cinq minutes passent et voilà les quatre musiciens en terrasse. Depuis dix ans qu’ils jouent ensemble, le quatuor anglais n’a encore jamais foulé le sol français. « Excités d’enfin réaliser ce souhait de longue date », les membres de Get The Blessing abordent l’entretien avec décontraction et un humour flegmatique. Lorsqu’ils décidèrent de se réunir en 1999 autour de la figure, pour eux tutélaire, d’Ornette Coleman, c’était le « fun et l’immense ambition de jouer ensemble du free jazz » qui les guidaient. A l’aide « de café et d’inspiration », ils commencèrent à composer. Peu après, décidant de s’enregistrer, ils découvrirent leur musique « sous un autre angle, dramatiquement différent ».

Leur premier album, ils le sortirent véritablement en 2008. Clive raconte : « Le groupe s’appelait alors The Blessing. Mais, au bout de quelques semaines, on reçoit un mail d’une maison de disque qui nous informe que nous devons changer de nom parce qu’ils ont déjà sous contrat un groupe qui s’appelle The Blessing. On n’en revenait pas. On croyait à une mauvaise blague, parce que nous, depuis 1999, quand on se produisait en concert, c’était notre nom. On l’a juste légèrement modifié pour que ça passe. »

« Oui, mais alors, qu’est devenu Portishead depuis Third en 2008 ? » Clive interroge du regard Jim, le bassiste et autre membre du groupe de Bristol : « Le projet tente d’être déridé. Ca fait vingt ans que nous faisons partie de Portishead, mais ça n’a jamais était très assidu. Ca marche par périodes. Ca va, ça vient, comme on dit. Et puis, nous avons fait beaucoup de choses en-dehors avec Geoff et Adrian (ndlr : Geoff Barrow et Adrian Utley, les deux autres membres de Portishead). »

Se disant « à la croisée du jazz, du punk, du rock et du néo-jazz », Get The Blessing ne se soucie pourtant guère de rentrer dans des cases. Mais face à de tels propos, leur lubie d’être « always suited up » pose question. « C’est simplement pour fuir le côté sérieux inhérent au jazz, assure Jake le saxophoniste. On cherche, par opposition, à être aussi burlesques que possible. » C’est pour ça les sacs plastiques sur la tête pour les photos et dans les clips ? « Ouais, mais ça c’est une autre histoire, se marre Jim. Ca a commencé pendant un concert à New-York. Ca nous avait énervé qu’avant la représentation des tas de gens qu’on ne connaissait même pas viennent nous saluer et nous parler comme si on était amis depuis vingt berges. Personnellement, j’ai horreur des fausses relations. Alors on avait tous enfilé des sacs bruns avec trois trous pour les yeux et la bouche. C’est parti de là. »

Et Pete, le trompettiste, d’enchaîner : « C’était d’ailleurs aussi le jour où on a trouvé le titre de notre premier album. » Les autres, tout sourire, acquiescent. « On avait passé l’après-midi dans un super magasin de guitares. Et, on ne sait pas pourquoi, sur toutes, il y avait un autocollant « All is Yes ». Ca nous a beaucoup plu, sans que l’on sache vraiment pourquoi. « All is Yes », c’est assez dingue quand même, non ? » D’autant qu’All Is Yes n’est pas simplement une private joke, puisqu’il remporta le BBC Jazz Award du meilleur album, à sa sortie en 2008. Et puis, dans la foulée, Get The Blessing balance Bugs In Amber qu’ils vendent, malheureusement, en majorité à la fin des concerts. Mais comme le souligne justement Jake leur « notoriété se propage ». Envisageant de revenir avec un troisième disque début 2011, les membres de Get The Blessing sont pourtant férus de lives : « C’est fantastique de pouvoir sentir les gens réagir, de les voir, avoue Clive. Le public est révélateur de la qualité de ce que nous faisons. Par exemple, la semaine dernière en Irlande, la salle nous a témoigné un enthousiasme sans précédent. La moitié des gens dansait et était conquise par ce que nous produisions. C’était fantastique ! Ca ne nous était jamais arrivé, mais c’est rassurant. Je crois que ça signifie que ce que nous faisons à un sens. »

En parlant de live, qu’est qui est le plus important en free jazz : la discipline ou l’énergie ? Tous se scrutent. Question délicate. « L’énergie, se lance finalement Jake. La discipline, c’est de toujours faire, au minimum, ce que l’on a prévu de faire. L’énergie permet ensuite de casser tout ça, de tenter de pousser les choses plus loin encore. » Pete poursuit : « Notre musique puisqu’elle est à la fois très précise et très désordonnée nous oblige à briser les barrières. Je crois que c’est ce que nous recherchons avec ces incessantes improvisations. »

Jake dodeline et précise : « Ca part toujours avec quelque chose de simple, de frais. Puis on ajoute à cela une impro bien balancée qui, malgré tout, ne perd pas des yeux la structure du morceau. L’important, surtout avec les cuivres, c’est d’être capable d’à nouveau rentrer dans le moule, au final. L’improvisation est nécessaire en quelque sorte. Elle met le groupe en valeur. C’est un challenge, une volonté de toujours apporter quelque chose de nouveau. »

Le concert du soir le confirme. Get The Blessing est une machine à beat non programmée. Leur capacité à s’évader tout en restant très conscient des autres apporte une qualité indéniable à leur travail. La musique qu’ils produisent, à la fois bouillonnante et bourdonnante, interpelle le sonotone, la preuve :

Another slice :

The Roots feat Monsters of Folk – Dear God 2.0 (clip)
Crystal Castles – Celestica (clip)

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l' auteur, Dr. Javnaire

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