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Chronique de Deftones – Diamond Eyes

Chronique de Deftones – Diamond Eyes

Deftones - Diamond Eyes

Année : 2010
Genre : Rage poétique
Chanson(s) préférée(s) : Diamond Eyes, Rocket Skates, Sextape, 976-EVIL, This Place Is Death

9/10

Certaines œuvres d’art naissent dans la douleur, et le dernier opus des compères de Sacramento fait partie de celles-là. En effet, le bassiste étant tombé dans le coma, le groupe engagea un remplaçant temporaire. Et l’enregistrement de l’album initialement prévu (Eros) fut repoussé, pour laisser place à celui de Diamond Eyes. Mais plutôt que de laisser éclater pleinement leur rage face au triste coup du sort ayant frappé leur camarade, comme on aurait pu s’y attendre, les Deftones ont préféré nous livrer un album très contrasté, à la fois rempli de riffs surpuissants, mais également de passages beaucoup plus doux et mélancoliques.

Du fait de la rapidité de création de cet album, qui, au fond, n’est « que » le remplaçant du futur Eros, les titres semblent très spontanés, mais aussi, aux premières écoutes, plutôt simplistes. La recette habituelle du groupe, mélange subtil entre metal et new wave, fait toujours mouche, mais on ne retrouve pas forcément la même folie que sur les précédentes galettes. De plus, l’album est beaucoup plus calme qu’à l’accoutumée, surtout en seconde partie, ce qui pourra déplaire aux fans de la toute première heure…

Et pourtant ! Après de nombreuses écoutes, force est de constater que, finalement, cet opus est peut-être l’un de leurs plus aboutis. Le simplisme des riffs n’est en réalité qu’apparent, car leur agencement au sein de chaque morceau apporte une énergie peu commune à l’album. Les différentes structures s’éloignent la plupart du temps des standards, et le jeu du batteur, hallucinant d’inventivité, renforce l’état d’équilibre instable présent tout le long de l’écoute. Ainsi, le refrain de la très pop 976-EVIL s’impose comme le meilleur jamais créé par le groupe, avec de multiples variations de rythme sublimant la chanson.

Au-delà de la structure des morceaux, il me semble également important de souligner le talent des différents musiciens qui, à l’instar du batteur, possèdent tous leur propre style. Le guitariste tout d’abord, crée des plans metal d’une efficacité redoutable, marqués par une certaine lenteur et lourdeur, qui instaurent une ambiance très pesante. Mais il sait également jongler avec des mélodies beaucoup plus légères pour transporter l’auditeur, et apporter de la fraîcheur à de nombreux titres. Le bassiste, lui, donne beaucoup de puissance rythmique aux morceaux, mais est aussi à l’origine de nombreux riffs, notamment dans les refrains, où il est habilement accompagné d’un synthé, assez discret, mais néanmoins essentiel au rendu quelque peu étrange de certaines chansons. Quant au chanteur enfin, sa voix est juste magnifique. Très claire la plupart du temps, elle nous fait voyager de cieux en cieux. Pour de temps à autre nous aspirer dans un gouffre infernal rempli de cris agonisants.

Les titres se suivent donc, mais ne se ressemblent pas… Et ce malgré une grande cohérence, assurée par une production sonore aux petits oignons très particulière. En effet, le rendu global de l’album est très homogène, tout en étant marqué par un son à la fois très lourd et très aérien. C’est justement ce paradoxe sonore qui fait toute la beauté de ces yeux de diamant, dans lesquels nous nous noyons sans retenue.

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