Le Best-of du mois

6/10 7/10 8/10 9/10 2006 2007 2008 2009 2010 2011 Allemagne Angleterre Australie Blues Canada clip concert disco enfant malien Etats-Unis Festival folk France Grande Bretagne Hip Hop house jazz live New Wave nouveau nouvel album pop post-rock punk rap reprise rock Royaume-Uni soul suède techno trip-hop UK USA électro

nuage de tags & best-of
Accueil » Concerts

Report hypothétique du Sonar 2010 de Barcelone

Nous partons à Barcelone du 16 au 20 Juin 2010 pour nous la coller grave et aller découvrir l’un des festivals de musique électronique les plus respectés depuis 17 ans : le Sonar. La programmation officielle s’étend du 17 au 19, soit trois jours et trois nuits de gros son pour une bonne centaine d’euros avec au menu entre autres Plastikman, DJ Hell, The Chemical Brothers, Booka Shade, Fuck Buttons, Aufgang, Magda, 2ManyDJ’s, Claude Vonstroke ou Ryoji Ikeda… Mais ce sont les coulisses du festival qui sont encore plus intéressantes : pendant une dizaine de jour des kyrielles de soirées « off-Sonar » et d’after fleurissent un peu partout dans la ville de Gaudi : Dave Clark, James Holden, Gregor Tresher, Josh Wink, Nicolas Jaar, Marco Carola, David Squillace, Loco Dice, Boys Noize, Matias Aguayo, Seth Troxler j’en passe et des meilleures. Petites chroniques festivalières.

Jour 1 : Découverte

Nous arrivons à 21h15 dans l’aéroport low-cost de Reus à une centaine de kilomètres de la grande ville. A Beauvais il faisait beau et chaud, ici il pleut et il fait froid : c’est la décadence. Nous attendons pendant une demi-heure un bus trop petit pour loger 150 personnes. Nous continuons donc d’attendre. Pendant le trajet, nous consultons le programme des soirées-off et nous optons pour une orgie au Boulevard menée par le gros teuton synthétique Gregor Tresher, connu pour ses petites mélodies tranceys et enveloppées, et l’ascète frisé Josh Wink qui cache des gros beats sous sa petite moustache de coquinou. Nous arrivons à Barcelone sur les coups de minuit, la température extérieure est de 22 degrés, l’air est humide, mon caleçon aussi. L’auberge de jeunesse, sise juste à côté de la maison casse-gueule de Gaudi, est un joyeux bordel cosmopolite pleine d’Anglais duveteux et racistes qui se bourrent la gueule sur nos lits de fortune. Nous partageons le pain et le verre de l’amitié avant de les virer de notre chambre avec des grands gestes rigolos et sans équivoque. Il est 2h30 du matin, nous sommes ronds comme des queues de pelle : il est temps d’onduler nos corps échaudés par la moiteur vespérale qui sinue dans les artères achalandées de la ciudad. Ainsi, nous pénétrons hardiment dans le Boulevard Club sur les coups de trois heures en espérant voir Gregor Tresher balancer la sauce. Son dernier album, The Life Wire, inintéressant à écouter au casque, mais bourré d’hymnes visqueux et musclés, m’avait fait l’effet d’une petite bombe dancefloor potentielle. Le son du club est à peu près le même dans les deux salles, une techno minimale de bonne facture, un peu plus deep dans la grosse salle que dans la seconde, que nous abandonnerons bien vite. Déçus, nous ne verrons pas le set de Gregor Tresher car le yankee Josh Wink s’agite déjà derrière les platines. Mais celui-ci aura bien vite fait de transformer notre déception en transe musicale, bien aidé, il est vrai, par le taux d’alcoolémie conséquent qui s’étale, létal, dans nos veines molles. Ce set conforte mon intime conviction qu’il existe une corrélation entre le port de la moustache et la qualité du son électronique : voyez Arnaud Rebotini, David Carretta, Sascha Funke ou Adolf Hitler. Les exemples parlent d’eux-mêmes : la minimale vicieuse et bien montée de Wink également. On retiendra la reprise énorme de Cm du suscité Rebotini. Les moustachus, comme les juifs, restent entre eux, c’est bien connu. A cinq heures du mat’, nous regagnons nos pénates non sans chercher mollement quelque after : en vain. Alors nous mangerons du chocolate, assis sur un banc, écoutant l’aube s’installer tranquillement sur les Ramblas qui ne désemplissent jamais.

Jour 2 : Galères.

13 heures : nous nous levons décalqués, il fait 30 degrés, sieste sur le toit de l’auberge duquel on peut apercevoir la piscine d’un hôtel quatre étoiles où les corps extrêmement oints de sexagénaires friqués attendent la mort sur leurs transats en PVC. 16h : Nous leur jetons des noyaux de concombres et partons visiter la Sagrada Familia, ses coupes de fruits, son architecture rigolote et blasphématoire (pléonasme, oui, bon). 18h : comme n’importe quel touriste grassouillet, nous partons ensuite nous assommer de soleil sur la plage. La mer est fraiche, mais pas les chinoises / tamouls / pakistanais qui veulent nous masser / tatouer / habiller pour cinq / dix euros. C’est absolument fou à quel point le secteur tertiaire illégal est développé dans cette ville : tous les dix mètres en moyenne, le chaland est accosté et se voit proposer bières, drogues ou samoussas pour quelques euros. Comment voulez-vous, dans ces conditions, rater une soirée ? 20h30 : la France joue contre le Mexique, et nous nous enfilons des fajitas de poulet en riant jaune. 22h30, nous regagnons l’hôtel et buvons des mojitos sucrés pour oublier que nous sommes amers. 00h00 : Ryoji Ikeda joue dans une demie-heure le live de Test Pattern, son dernier album, au Teatre Grec. Nous tentons de motiver les troupes : « tu vois, c’est un musicien expérimental Japonais qui bidouille les ondes, les fréquences et les résidus sonores pour faire des expérimentations de minimale électroacoustique, tiens, écoute, c’est vraiment quelque chose à vivre, tu vois ». 00h15 : nous buvons toujours des mojitos, Ryoji commence dans un quart d’heure, et on fait toujours semblant d’y aller. 00h30 : nous buvons encore des mojitos, et Ryoji ne nous a sans doute pas attendu. Au loin, depuis le toit, nous apercevons un gigantesque rai de lumière qui monte, comme le haricot magique, jusqu’à la voûte nocturne. C’est l’installation Spectra d’Ikeda… « Mais non espèce de gros gogol, c’est une boîte de nuit, ils font ça partout, même au Rancho de Royan ! » C’était donc, de toute façon, mal parti pour Ryoji. 01h00 : Mojito acte IV, putain on a loupé Ryoji ! mais qu’est-ce qu’on fout là ? Pendant ce temps, DJ Doug, un gros américain libidineux à la coupe afro qui partage notre chambre, pérore en nous montrant les vinyles old-school qu’il conserve jalousement dans une glacière. Il est au Sonar pour se faire connaître et rencontrer les bonnes personnes, pour, un jour, à l’instar des Kevin Saunderson ou Plastikman, mixer ses grosses tapes d’acid-house confidentielles. « Tonight, I’m gonna party. And you know why ? Because I can ». Ouais, gros. Des canadiennes en string font les bitches sur le toit de l’auberge. 01h30 : vomi, taxi, c’est parti pour une super soirée au bord de la plage au Ghoa Beach Club de Sant Adria de Besos avec un line-up exotique et bandant de minimale solaire : les italiens Marco Carola et David Squillace Loco Dice ! Ouais ! Et puis finalement non, la place coûte TRENTE PUTAIN d’euros. On finira donc sur le ténébreux rivage à se boire des bières chaudes les pieds dans l’eau fraiche, bercés par les échos lointains des mélopées synthétiques, nus sous la Lune, dansant sur un air d’opéra-bouffe. Et l’adipeux Doug de ramper vers des corps de femmes endormies pour un téton frais : « Gimme some human contact, baby. » UH, BOY.

Jour 3 : Intéressant.


Aujourd’hui, plus question de se chier dessus et de passer une soirée de loser à danser à poil sur une plage de banlieue à deux pas d’une grosse soirée. Non, aujourd’hui, c’est CONCERTS TOUTE LA JOURNEE PUIS TOUTE LA NUIT ! OUAIS ! A moins que… non, attendez, il est déjà 17h, nous sommes toujours à l’auberge de jeunesse et le concert d’Aufgang que je ne voulais rater pour rien au monde est déjà commencé au Sonar by Day ! Yes ! La gagne ! Qu’à cela ne tienne, il est 17h15, Aufgang n’a fait que commencer, le programme annonce qu’ils joueront entre 17h et 19h, il est encore temps : nous trouvons un quidam prêt à nous vendre des billets pour le Sonar de jour pour seulement 25 euros (au lieu des 40 normalement demandés). En fait, le Sonar de Jour se déroule au Centre national et Musée d’Art Contemporain de Barcelone, juste à côté de l’Université, dans une enceinte créée de toute pièce par des grosses barrières opaques. A l’intérieur, c’est une profusion cosmopolite de clubbers et clubbeuses qui se dandinent en American Apparel et autres tenues excentriques sous le soleil revigorant de cette ville délicieuse. Nous pénétrons enfin dans l’enceinte à 17h30, gogo Aufgang : il y a foule qui se masse devant leur salle, qui est trop bondée. 17h45, nous y sommes enfin, oui, les voici, la Trinitié batterie-machine-pianos, Tristano, Khalifé, Westrich, qui finissent tranquillement Barock et enchaînent avec l’énorme Soumission, les musiciens se déchaînent sur leurs instruments dans une frénésie totale, les longs cheveux volent dans tous les sens, les agiles mains deviennent des poings rageurs qui choquent, vibrent, transpercent les thoraxs, la sueur ruisselle, danse païenne, Armageddon, fin. 18h : Applaudissements, au revoir Aufgang, bonjour frustration. 25 euros pour 10 minutes d’Aufgang (mais quelles minutes), what else ? Déçus, nous partons en vadrouille dans l’enceinte, prêtant sans trop d’attention une oreille aux girrllsss de New Young Pony Club qui se déchaînent… finalement l’instant marquant sera la rétrospective consacrée à l’artiste français méconnu Gil J. Wolman (1989 – 1995), pilier central du mouvement lettriste, inspirateur du futur situationnisme, dont « l’oeuvre » majeure, l’Anticoncept, est diffusé dans une petite salle obscure : gros globe en papier éclairé, ou non, assorti de discours syncopés et insensés, d’un patchwork décousu de textes, de mots purs et étranges. Excellent.

Le soir, nous nous dirigeons vers le Sonar de Nuit dans le Parc des expos de Barcelone : au menu Plastikman, Booka Shade, Claude Vonstroke, 2Many DJ’s. C’est l’énorme minimale infectieuse distillée par Richie Hawtin et sa mèche, alias Plastikman, qui nous emporte d’emblée avec I don’t know, bien caché derrière l’installation géante et kaléidoscopique qui illustre la partouze sonore millimétrée à laquelle le grand prêtre Canadien nous convie. Une heure et demie durant, ma tête, mon corps, mon ego et sa musique ne feront plus qu’un, comme si chacune des boucles mécaniquement diluées par le machiniste entrait dans mon (?) corps et commandait un mouvement, un organe, une posture, comme si chaque morceau convoquait à chaque fois une nouvelle naissance, accouchait, comme une sorte de maïeutique moderne, d’une nouvelle perception de la réalité. Non, j’affirme qu’il n’y a pas besoin de prendre de drogue pour rentrer dans le son de Plastikman : c’est un principe actif à elle toute seule. Quel live mes amis, quel putain de live ! Difficile après ça de se traîner dans la plus grosse salle, couverte, pour se prendre la déferlante de beats putassiers et jouissifs des frères Dewaele, a.k.a. 2Many DJ’s. Vingt ans qu’ils tournent ces deux là, et Dieu sait qu’ils savent marier les modes de tous poils avec leurs connaissances musicales encyclopédiques et un certain goût pour la fête. Leur live est un gigantesque mash-up délicieux qui fait forniquer, de mémoire, des trucs comme Guns’n'roses, Queen, Vitalic, Mr. Oizo, Justice, MGMT, Hot Chip, DJ Hell, Tiga, LCD Soundsystem, Boys Noize, Erol Alkan, David Carretta, Zombie Nation… de l’hédonisme pop en barre, assorti d’un écran rigolo qui anime les covers des tracks joués et crée donc des univers visuels et musicaux hybrides et bien foutus. Bon, tout de même un poil trop turbineux à mon goût (le Waves d’Erol Alkan & Boys Noize a quand même été joué deux fois) : je décide de me diriger vers les gros teutons de Booka Shade, l’autre prestation que j’attend beaucoup, au prochain morceau de Justice joué par les deux larrons : gagné, 3 minutes plus tard, Stress déclenche une crise d’épilepsie et moi je décampe. Je prends le live en cours de route, les deux trublions balancent leur techno mélodique et efficace, et les boucles enroulées de synthé remportent toute mon adhésion. Le live est très rigolo car il y a une batterie installée sur la scène et l’un des deux gus fait joujou comme percussionniste, debout, ombre majestueuse derrière la déferlante d’image, pour nous donner l’illusion que le beat n’est pas synthétique mais bien réel. Un superbe show qui s’achève par l’incontournable Mandarine Girl. Il est 5h30 du matin, le jour point déjà, le hot-dog aussi. Que reste-t-il de nos amours ? Claude Vonstroke, ou Carte Blanche (le duo de Riton et DJ Mehdi). Boum, boum, boum, le choix est vite fait, retour dans la grande salle, dorénavant à moitié vide, jonchée de détritus divers, la house du dodu Vonstroke est bien charpentée, je danse musclé, il y a de l’espace, des regards étonnés se posent sur moi, détonnant : Beware of the bird, dude ! Il est 6h30, je ne suis pas fatigué, la soirée ne fait que commencer, plus que motivé je décide de tenter la Carte Blanche, retour dans la salle extérieure, et là, surprise, c’est une arrivée sur le daté mais imparable Good Life d’Inner City (Kevin et Ann Saunderson, Paris Grey) : putain, ce morceau me fait toujours un effet boeuf, le chant groovy, le gros son Detroit Techno de la fin des années 90, l’aube solaire et les vapeurs opiacées, YES ! Et puis, et puis, et puis… Pedro Winter arrive pour prendre des tofs des deux gars, brun et blond, chacun avec sur le t-shirt le visage de l’autre, et là, ça se gâte sévère en mode rouleau compresseur Edbangerisé, la magie est définitivement partie. Pas grave, l’oncle Claude est toujours là. Il est 7h30 : la soirée est finie, mes jambes aussi. Un after sur la plage ?

Jour 4 : On oublie…

Ce soir, dernière soirée, il y a, au choix : Seth Troxler, Damian Lazarus, Shaun Reeves, Luciano, Reboot ou… Nicolas Jaar. Que du beau monde, en particulier l’enfant prodige de la house, voilà ce que le Sonar a à offrir aux plus motivés ! Ce qui n’était pas notre cas dans cette dernière journée… échec musical absolu, navette pour l’aéroport de Reus à 3h45… le Sonar s’achève sur une fausse note, mais qu’à cela ne tienne, c’était une très bonne première expérience et j’y retournerai l’année prochaine avec un grand plaisir et du Guronzan.

Je veux encore du Sonar :

Le site de l’édition 2010 du Festival avec des photos, etou etou.

Spotify, où vous pouvez quand même trouver un bon paquet des artistes suscités. Sinon il y a Youtube (pour Plastikman par exemple). Ou Grooveshark. Ou Deezer, Jiwa, MusicMe, Wormee et j’en passe. Mais je vais pas vous mâcher le travail bordel. Ca fait cinq heures que j’y suis à ce report. J’en peux plus. Vous comprenez ? VOUS COMPRENEZ PUTAIN ? VOUS COMPRENEZ CE QUE C’EST QUE DE PASSER UNE HEURE A HARMONISER TROIS PHOTOS AVEC LE RESTE DU TEXTE ? AAAAAH.

Live report : Touré Kunda
Belleruche – Clockwatching (nouveau)

8 Commentaires »

Réagis mon ami !

S'abonner aux commentaires de cet article.

Ce blog est magistralement paramétré pour afficher des Gravatar. Si toi aussi tu veux une image à côté de tes commentaires (comme je te comprends), tu peux aller jeter un oeil chez Gravatar.

l' auteur, Pierro

Connard pédant.

Creative Commons License
Les articles sur ce site sont placés sous licence Creative Common (by-nc-sa).