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Chronique de Alina Orlova – Laukinis Suo Dingo

Chronique de Alina Orlova – Laukinis Suo Dingo

Alina Orlova - Laukinis Suo dingo

Année : 2010
Genre : Fulgurance lituanienne
Chanson(s) préférée(s) : Ramuma, Lijo, Vaiduokliai

9/10

L’autre soir, je crois que je suis tombé amoureux. C’est arrivé très vite, comme une évidence.

Elle était à quelques mètres de moi. Sa peau était diaphane et de belles boucles rousses encadraient son visage, qui semblait flotter en surimpression dans l’obscurité de la pièce. De tout son corps, elle irradiait une sorte de pudeur distante, une timidité mal dissimulée. La tête légèrement penchée, elle se cachait derrière son piano. Presque trop grand pour elle.

Son corps était traversé d’un chant qu’on aurait dit plusieurs fois centenaire, tanné et lambrissé par le poids des ans. Je voyais ses longues mains blanches danser sur le clavier. A toute vitesse. Elle avait l’air d’un mirage et je n’osais pas respirer.

Alina Orlova, cette insaisissable perle balte « qui devient plus forte quand elle chante, semble incroyablement fragile quand elle se tait » m’a raconté de belles choses. Des histoires de princes pas trop courageux, de petits paysans perdus dans des bois sombres, de valses sur des pistes de danse à moitié désertes, des histoires d’amour qui ne marchent qu’au début et des contes bancals où les gentils meurent à la fin.

Une toute petite fille qui s’abrite derrière des chansons presque trop belles pour elle ? Une grande dame, drapée dans une grande robe noire qui nous emmène par la main dans une farandole tourmentée ? On ne sait plus, on ne veut plus savoir. Parfois, elle occupe toute la scène, emplit la salle d’une voix pleine, absolue, délivrant l’irrésistible Lijo comme on crie avant la mort, une plainte désespérée devant le temps qui passe. Mais bien vite, elle devient minuscule, on aimerait la prendre dans ses bras, la réconforter et lui épargner la dureté du monde.


La magie des langues laisse le champ libre à l’esprit et à l’imagination. On se raconte des histoires, on s’imagine de longues épopées sur la Baltique, des chevauchées sans fin aux confins de la vieille Russie, ou bien abandonné dans un cabaret enfumé de Vilnius… Sa voix – patinée d’un léger grain, d’un reflet ténu, imperceptiblement usée, striée de fêlures – semble être faite pour s’extirper de ce petit corps incongru et dévorer l’espace.

Comme une histoire dont on ne veut pas connaître la fin, cet album poursuit bien trop vite son chemin tourmenté. Se raccrocher ou s’attarder est inutile, car Alina est la complice de la brièveté de son oeuvre. Bien trop timide pour s’attarder bien longtemps mais pas assez pour se défiler totalement, elle qui sait si bien alterner délicatesse précautionneuse et franchise bravache et un brin désespérée. Cet album est un déséquilibre précaire qui nous sépare du gouffre, de l’anéantissement, du non-retour. Il est brillant car il n’est pas aisé de faire se nicher l’espoir dans la tristesse.

Car non, ce Laukinis Suo Dingo n’est pas seulement fait de tristesse. Plutôt d’une mélancolie voilée et pleine d’espoir, une sorte d’hymne universel et un brin maladroit, venu du nord et pourtant universel. Une volée de chansons vraies, absolues, salvatrices. Ceux qui disent qu’Alina Orlova doit son succès à son pays d’origine se trompent. Il y a dans sa musique quelque chose qui fait oublier toute forme de considération géographique. La beauté, peut-être.

Ramuma vient achever ce périple pas complètement désespéré, pas entièrement noir. Gris foncé, avec de-ci de-là quelques touches de couleurs. Auxquelles on s’accroche, comme autant de bouées dans un album presque trop sublime de tristesse et de nostalgie.


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Crédits Photo Flickr : Kleine Gutenberg, Gagilas.

Ça n’a rien à voir, mais je me suis rendu compte après coup que le début de mon truc faisait penser à cette chronique du dernier Arcade Fire par Benjamin. Chronique admirable par ailleurs.


L'avis des autres

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1 Commentaire »

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l' auteur, Martin

Touffe blonde sociopathe à double arceau rotatif.

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