Interview de The Jim Jones Revue : Rock’n roll attitude !

il y a 4 ans dans Concerts, Interviews par

L’Oreille est Hardie, mais le chroniqueur moins. C’était il y a trois mois, mais ça n’arrive que maintenant. Il faisait déjà froid, mais le groupe était des plus chauds.

The Jim Jones Revue, ce soir-là, s’était fait le plaisir d’enflammer le Confort Moderne poitevin de son rock rétro et extatique. Véritable machine à danser, le groupe se compose de quatre bêtes de scène qui n’ont qu’une idée en tête, comme l’indique le titre de leur dernier album : Burning Your House Down.

Sous les doigts aguerris d’un pianiste en furie, se développent des mélodies lourdes en provenance directe des States. Pourtant, les quatre rock stars sont britanniques. Paradoxe ? Non ! Par amour !

Quand l’Oreille Est Hardie #4 : The Jim Jones Revue.

English version downloadable here.

Dr. Javnaire : On connaît tous la tragique histoire de la secte du Temple du peuple, dont Jim Jones était le gourou. Pourquoi avoir choisi un tel nom, et qu’est-ce que cela signifie pour vous ?

Rupert : C’est juste parce que Jim Jones est le nom du chanteur. Ce qui s’est passé c’est que lorsqu’on a commencé à jouer ensemble, un ami qui tient un club nous a entendu jouer et nous a dit « vous devez jouer chez moi ». On lui a répondu qu’on ne se sentait pas encore prêts : on n’avait même pas de nom. Il a répondu qu’il s’en foutait et que l’on s’appellerait The Jim Jones So Punk Revue, et que ça irait très bien. Voilà tout.

Du coup, c’est juste le nom qu’un mec nous a donné. Mais le concert ce soir là était vraiment extatique, les gens dansaient sur les tables. Nous n’avons pas trop eu l’occasion de changer de nom après ça. On a commencé à être connu en tant que Jim Jones Revue. Et c’est après ça seulement que toutes les connexions avec l’autre Jim Jones ont été faites.

Dr. Javnaire : Préférez-vous que l’on vous compare au premiers temps du rock, au garage, ou à la musique punk ?

Rupert : Je crois que la chose à retenir de nous, c’est qu’on prend indéniablement un tiers dans chacune des branches. Mais c’est aussi un big bang de musique populaire. Ces trois éléments se rejoignent. Et vous avez cette explosion de musique excitante et de black-out sauvage qui s’unissent.

Ce que l’on fait, c’est juste tracer une ligne entre tous les groupes rock’n’rolls excitants de ces année-là. Et ça peut prendre racine chez des groupes récents avec Grinderman, ou quelques années plus tôt avec The Jon Spencer Blues Explosion, et ça va encore plus loin jusqu’aux Sex Pistols, aux Clash, et ainsi de suite, jusqu’à Little Richard et Robert Johnson. Et puis, c’est sans fin…

Jim : Mais les fifties, c’est le moment où tout a explosé ! C’est le moment où la musique blanche et la musique noire se sont rejointes sous un même message. Ca a duré très peu de temps. Il n’a pas fallu longtemps pour que les gens réalisent qu’on pouvait se faire de l’argent. Et tout ça est devenu commercial, adouci. Et après ça, plus jamais personne n’a essayé de retrouver cette énergie originelle, et cette vie originale, de la première percée. Et nous, nous faisons partie de ceux qui essaient de  porter un peu de cette lumière. Mais ce n’est pas de la nostalgie : on ne veut pas faire des chansons sur les Cadillacs roses, tu sais. Ni rien de tout cela. On parle d’être vivant aujourd’hui…

Dr. Javnaire : Oui, de Londres et de la vie moderne aussi…

Jim : Oui ! Et d’auteurs comme Charles Bukowski, ces gens qui ont réussi à parler de la vie normale, mais qui peuvent résumer les choses en quelques lignes et dire quelque chose qui vous met en arrêt. Je ne dis pas que je peux écrire comme ça, mais c’est ce qui m’influence et c’est la manière dont je pense les choses que je travaille les paroles d’une chanson. Et puis, je parle juste de ma vie, vous savez.

Dr. Javnaire : Mais avec toutes ces influences, comment est-ce que vous décririez votre musique alors ?

Jim : Rock’n roll ! (rires)

Pierro : Juste du rock’n roll ?

Jim : Ouais… ça fait un peu « juste du rock’n roll », mais c’est déjà si fort. Et puis le rock des années 50, c’est vraiment comme la clé de contact de tout ce qui suit.

Pierro : Et à part Charles Bukowski, quels écrivains vous inspirent ?

Jim : Euh… un bon paquet. Mais, j’aime surtout… Ernest Hemingway, et tous ces auteurs qui savent dire des choses avec un peu de remue-ménage… J’aime aussi William Burroughs et les écrivains russes, comme Dostoïevski ou Mikhaïl Boulgakov

Dr. Javnaire : Tu nous as dit que pour vous la création n’avait rien à voir avec la nostalgie, mais est-ce qu’on ne peut quand même pas dire que vous êtes nés 30 ou 40 ans trop tard ?

Jim : Je ne crois pas, non. Malgré toutes les choses qui paraissent attractives dans un retour en arrière, je ne voudrais pas y aller. Vous savez, ma vie est maintenant. Est-ce que je perds tant que ça au change ? Nous sommes tous tels que nous sommes. Et cela signifie que l’on doit en quelque sorte s’accrocher au quotidien et nous exprimer là où nous avons l’occasion de le faire.

Et puis, il y avait pas mal de problèmes à l’époque, vous savez. D’un point de vue musical, les années 50 c’était essentiellement des labels indépendants qui étaient obligés de lutter pour avoir un peu de succès. Ils travaillaient comme des acharnés ! Quelqu’un comme Little Richard a seulement réussi à percer à force de persistance, de sang et de tripes, et d’énergie. C’était dantesque !

Pierro : Que pensez-vous du public français ?

Rupert : On l’adore. Je veux dire, la France a vraiment été le premier pays à piger ce que l’on faisait. Plus que la Grande-Bretagne, notre propre pays, vous savez. Très vite on était en tournée, on jouait dans des festivals et on faisait de la télé en France. Environ deux ans avant que nous explosions au Royaume-Uni, alors… On garde une place privilégiée pour la France dans notre cœur. C’a été un peu comme une réaction chimique entre les Français et notre musique. Je ne me rappelle plus trop, mais je crois que c’est notre cinquième tournée, ou presque, en quelques années seulement, et à chaque fois c’était génial. Et ce soir on a fait un super show, et, vous savez, ça continue à se passer comme ça ! Cette tournée a été la meilleure de toutes : on a fait des concerts fantastiques ici, à Poitiers, mais aussi à Paris, à Lyon, Marseille ou Bordeaux. Et le public est à chaque fois phénoménal. J’adore la manière dont le public français réagit à ce que l’on fait ; ils chopent le truc instantanément. Il n’y a rien d’intellectuel, tu vois, ils veulent juste passer un bon moment.

Jim : Je crois aussi qu’il y a quelque chose dans la culture française qui est en lien direct avec le rock’n roll : c’est cet esprit d’indépendance et de liberté. Et tous ces trucs qui signifient « Fuck you ! », tu sais. Si des gens commencent à empiéter sur les libertés, des gens du gouvernement, les Français ne supportent pas ça. Et directement ils se mettent en grève,…

Pierro: Strike spirit… fuck spirit!

Jim : Ouais ! Il y a un parallèle avec l’idée de rock’n roll autour du fait de s’exprimer en tant qu’individu et ne pas trop se faire écraser, tu vois. Dans un sens positif ! Et notre musique, c’est ça : c’est plein de folie et d’agression, mais c’est pensé pour être positif et euphorisant.

Pierro : Une autre question à laquelle je viens juste de penser : quel a été, pour vous deux, la première émotion qui vous a donné envie de faire de la musique ?

Rupert : Ce qui m’a véritablement donné envie de jouer de la musique c’est (j’étais très jeune) quand j’ai vu les Ramones en concert. C’a eu un effet immédiat sur moi, vous voyez. J’ai pensé que c’était assez simple et que je pourrais être capable de le faire moi aussi. (Rires) Même si j’ai vite découvert que ça ne l’était pas. Ca m’a paru assez naïf, comme les jeunes enfants, et c’était le déclic initial.

Jim : Je crois, pour ma part, que c’était probablement Chuck Berry. Quand j’étais jeune, à l’école, pendant la pause de midi, quelqu’un m’a montré comment faire le style Chuck Berry. Et là, j’ai réalisé que peut-être je pourrais le faire aussi… mais il y a eu plein d’autres événements après ça, aussi.

Dr. Javnaire : Vous venez juste de réaliser un nouvel album. Alors, que préférez-vous : les lives ou le processus de création en studio ?

Rupert : Pour nous, c’est un peu la même chose parce que quand on va en studio, on joue comme en live. Je veux dire, la principale différence c’est que l’on peut retoucher ce que l’on a joué, et peut-être lui donner le son que l’on trouve le plus excitant. Du coup, les deux sont vraiment liés. Ce n’est pas comme si on allait en studio et que l’on enregistrait chaque piste individuellement ; on fait ça vraiment en groupe. On a juste plus de temps pour développer les choses. L’album que l’on vient juste d’enregistrer s’est fait en compagnie de Jim Sclavunos. Il était batteur pour les Bad Seeds et pour Grinderman. Et c’était super parce qu’il a joué avec un paquet de musiciens que nous adorons, comme les Cramps, Sonic Youth, etc. Donc, jouer avec lui comme producteur était vraiment un grand moment.

Dr. Javnaire : Pour terminer, on ressent une vraie alchimie dans votre groupe. Pensez-vous, tous les cinq, que ce groupe est celui dont vous rêviez ?

Rupert : Ce qui est frappant avec ce groupe, c’est que la première fois que nous avons joué ensemble, il y a eu une sorte de chimie immédiate. Depuis la toute première chanson que l’on a joué ensemble, « Hey, hey, hey, hey » de Little Richard, nous avons été conscient qu’il se passait quelque chose. Après ça, on a joué avec plein d’autres musiciens, mais on n’a jamais retrouvé ça. De manière presque instantanée, on a trouvé quelque chose de différent des autres groupes.

Crédit photo : Aurèle Nourisson.

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