Chronique (euh..) de Craft Spells – Idle Labor
Craft Spells - Idle Labor
Année : 2011
Genre : Chillwave
Chanson(s) préférée(s) : Your tomb, From the morning heart
Voilà un disque agaçant et arrogant. C’est dit. Il m’énerve. Toutefois les sentiments qu’ils m’inspirent sont bien plus complexes. C’est sans doute un bon point pour Craft Spells, ce band de la côte ouest américaine mené par un petit jeunot de 22 ans, Justin Vallesteros. Leur premier disque Idle Labor, je l’ai d’abord écouté deux-trois fois de suite. La première fois j’ai franchement adoré, puis au fur et mesure des écoutes, le sentiment d’exaltation s’est délité. Rien ne se perd, tout se transforme. Le sentiment est devenue agacement. Agacement des oreilles par des riffs répétitifs de grattes claires comme il faut pour produire de la chillwave bien dans l’air du temps, agacement devant l’éternelle voix éthérée, devant la pose de l’adolescent de banlieue, ni trop riche ni trop pauvre pour pouvoir vaquer à des pensées amoureuses de classes moyennes. Mais quoi ! m’exclamais-je et m’exclame-je encore. Pourquoi détesterais chez Craft Spells ce que je peux savourer pleinement chez d’autres qui produisent des bluettes semblables pour mon cœur romantique ? Pourquoi donc, plus trivialement, Craft Spells me séduit un peu mais me les casse davantage ?
Voilà d’excellentes questions existentielles auxquelles je ne saurais guère apporter de réponse. On pourrait gloser sur la subjectivité et l’approche idiosyncrasique en art que tous les haters trolleurs absurdes et les non moins ridicules critiques qui vantent l’objectivité oublient trop aisément.
On pourrait alors s’épancher sur ce qui fait la qualité d’une œuvre, ici musicale. Est-ce que sa qualité est produite socialement ? Exemples : « J’aime ça parce qu’un tel et d’autres trouvent ça bon » ou « je déteste car les Inrocks aiment ». Il y a sans doute de cela. Mais c’est une portion congrue face à ce qu’on pourrait appeler la qualité intrinsèque d’une chanson ou d’un album, dans sa composition, ses paroles, ses arrangements. Comment révéler cette qualité ? On aurait deux camps, et là je ramène ma science, ce qu’on pourrait appeler d’un côté les émotivistes et de l’autre, les cognitivistes. Les premiers prétendront qu’une chanson est belle – et bonne – parce qu’elle réussi à provoquer une émotion plus ou moins pure comme de la nostalgie, de la tristesse, de la joie, et ferait parcourir dans l’échines des frissons électriques. Les seconds tiendront le discours selon lequel une chanson est bonne parce qu’elle a de bons arrangements, des accords variés, une production novatrice, etc. enfin quelque chose qui tient à un savoir plutôt qu’à un ressenti.
Ce serait en fait trop simple de diviser ce joli monde en deux camps. On pourrait penser qu’il y aurait une relation de survenance entre la qualité objective d’un morceau selon les cognitivistes et la qualité sentimentale des émotivistes. C’est-à-dire que nécessairement si la qualité objective est présente la qualité sentimentale serait là. Et que si la qualité sentimentale est là, c’est qu’il y a qualité objective.
Mais je vois déjà de nombreux contre-arguments. Et ma chronique est devenue une dissertation d’esthétique de seconde zone.
Si je vous ai énervé, je vous ai alors transmis mon ressenti face au disque des Craft Spell. Pari gagné ou non, je dirais pour finir que Your Tomb est quand même une super chanson.
nuage de tags & best-of


Mmarsupilami a dit :
1
Je suis tout aussi agacé et le dirai prochainement aussi. Je crois pourtant que le groupe en question devient un genre de victime expiatoire. Ce qui commence à énerver c’est ce courant monolithique qui, depuis des mois et des mois, nous ressert la même soupe, même pas chaude. Enfin, c’est mon avis…
Lassitude!!!
Martin a dit :
2
C’est bête, tu m’as donné envie d’écouter du coup.
Mutapop a dit :
3
@Mmarsupilami J’ai bien le même sentiment ! Du coup, je pense que Craft Spells est bien une victime expiatoire (quoique) !
@Martin C’est bien aussi alors !
Bahaw a dit :
4
En fait je comprends pas bien l’intérêt de la dissertation musicale là-dedans. Vous voyez Craft Spells d’un point de vue émotif ou cognitif ? Clairement, pour de la DIY music c’est d’excellente facture qui apporte son lot de rêverie éthérées. Effectivement, la fausse patine et le côté revival 80′s est vu et revu mais cela reste très frais et de saison surtout. Enfoncez les paluches dans le sable froid aux alentours de minuit avec Idle Labor dans le creux de l’oreille reste très appréciable.
Mutapop a dit :
5
@Bahaw Je suis d’accord pour dire que c’est de saison. C’est un album agréable et plutôt bon évidemment, mais je voulais souligner le caractère répétitif d’un son très à la mode en ce moment.
Bobby a dit :
6
Vous avez vu leur dernier clip?
http://vocododo.blogspot.com/2011/10/craft-spells-your-tomb.html
Goldenbrown a dit :
7
Ton dernier post aurait été largement suffisant pour dire ce que tu avais à dire. Trois tonne de poncif en analyse musicale et ça se prend pour un méloman.
Mutapop a dit :
8
Méloman, c’est un joli jeu de mot. D’ailleurs on peut être mélomane tout en étant présomptueux, c’est souvent le cas. Quant aux trois tonneS de poncifs, j’en conviens, c’est surfait mais malheureusement obligatoire dans toute chronique musicale. Disons que j’ai poussé le tout jusqu’au paroxysme.
Goldenbrown a dit :
9
Je bien d’accord avec toi, c’est un joli mot.
Cependant, quand tu souhaites rendre compte d’un album (d’un artiste en général) quelques repaires peuvent d’aidé à ne pas tomber dans le « mélomanisme » consensuel. « Idle Labor » est bien noté ici, un album moyen qui souffre du mal de son temps ; quelque très bon morceau twee pop fleur bleu (« After a moment with you », « Scandinavian Rush »). Il est pourtant bien dommage que l’album tienne si peu la durée. Malgré une production honnête, on est loin des chefs d’œuvres dont le disque s’inspire parfois maladroitement.
(« Power, Corruption and Lies » de New Order [http://www.deezer.com/fr/music/new-order/power-corruption-lies-collector-s-edition-243840]).
Goldenbrown a dit :
10
Apologies
*suis
*t’aider