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Live report : Rocé feat. Issam Krimi Power Trio (Trois Baudet, 10/02/2012)

Rocé a horreur qu’on le qualifie de « slammeur ».

Mais, malgré des textes acérés et un flow enragé, il donne aussi l’impression d’être plus qu’un rappeur.

C’est à se demander parfois s’il n’est pas sociologue ou philosophe. Et que sa manière de rendre publiques ses études et ses recherches soit la mise en musique.

Ses déambulations platoniciennes, le jeune homme les fait au gré du verbe. Le doute méthodique, il le fait jouer dans le tourbillon des assonances et l’algorithme de ses allitérations. La falsifiabilité de Popper, c’est pour lui le monde environnant. Celui qu’il dépeint à grands coups de mots, à grand renfort de métaphores, et finalement sans fard.

En album comme en concert, on peut prendre Rocé pour un intello. Un intello révolté qui aurait adopté les codes suburbains. Un intello raté qui aurait évité le chômage par le refrain. Mais ce ne sont que des caricatures : car Rocé est simplement un rappeur érudit.

Sur la scène des Trois Baudets, pantalon large et veste de sport, crâne rasé et œil profond, il tient fermement le micro et balance son flow sur des remous jazzy.

La musique ce soir-là est signée Issam Krimi Power Trio. Jeune pianiste, grande tige en chemise à carreaux, Krimi laisse filtrer son amour du funk et du jazz. Entouré de ses trois claviers, et accompagné d’un bassiste et d’un batteur, il dépose avec agilité quelques notes justes sur les phrases de ce « rappeur qui n’en était pas un ».

La rencontre est surprenante, charmante et parfois extatique. Rocé est habitué à rappé sur du jazz, lui qui prend un malin plaisir à inviter Archie Shepp ou Jacques Coursil sur ses albums.

Cette association est tout de même une première. Et la prise de contact prend comme le béton : dès les premières mesures, le dialogue est fécond.

Dans les volutes de l’orgue Hammond, quelques phrases s’envolent :

« Mais on garde ça pour soi car on te dirait parano / En fait on devient seul quand l’confident devient le ragot » (Amitié et Amertume) ;

 « Le cliché s’apprivoise quand la vérité s’rebelle / La vérité s’envole et notre réflexion bat de l’aile / Je veux être celui qui garde le doute quand les autres le gèlent / Vous avez vos réponses, moi j’ai des questions pour elles » (Des questions à vos réponses) ;

 « Comment aider Yakari à civiliser John Wayne / Les mondes me bousculent, s’esquissent en gravitation / L’art a pris tant d’avance sur la mondialisation / L’imaginaire invente c’que la vérité récupère / Et nous emmène à la lisière de nos futures actions » (Carnet de voyage d’un être sur place).

Les titres s’enchaînent et les compositions jazz entraînent toute la salle à finalement se lever devant la scène. Issam Krimi se lance parfois dans des solos toujours justes, bien que de styles très différents : des notes éparses et lyriques au piano solo, le groove contagieux d’un funk ancestral, un rythme électro frénétique,…

Le rappel, enfin, est une confrontation. Celle de deux mondes musicaux.

Issam Krimi entame l’un de ses titres, une reprise très personnelle de « The man who sold the world » de Bowie. En cours de morceau, Rocé revient lui aussi sur scène. Et entame une reprise rappée des « Singes » de Jacques Brel. Sorte de choc ultime entre deux univers qui pourtant (étonnamment) communiquent si bien.

Et tout se clôt dans l’admiration.

L’histoire « d’Easy », le single chamarré de Colours in the Street
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l' auteur, Dr. Javnaire

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